Le slow tourisme : nouvel accélérateur de fréquentation dans les territoires ?

Si le slow tourisme ou slow travel existe depuis une vingtaine d’années, il occupe aujourd’hui une place de choix dans les tendances touristiques. Son caractère disruptif englobe les formes de tourisme en vogue tels que le tourisme expérientiel, responsable, transformationnel, alternatif ou participatif. 

Le slow tourisme répond à ce besoin omniprésent de déconnexion pour atteindre un état de pleine conscience. Il invite à décélérer, à voyager autrement, opposant la qualité à la quantité, le mieux au plus, la profondeur à la superficialité.   

Alors comment les territoires peuvent-ils modeler leur image et façonner leur offre pour profiter de cette nouvelle manière de voyager ? Slow Village, staycation, slowlidays, modes de transports alternatifs… Voyons comment le slow travel fait prendre de la vitesse au tourisme local dans les territoires. 

La philosophie du slow tourisme : un concept global 

Le phénomène du slow tourisme prend de l’ampleur face à l’évolution des comportements. Pourtant, les statistiques et les chiffres font défaut.  En cause, des prestations éparses issues de thématiques diversifiées (oenotourisme, agrotourisme, workaway…) qui favorisent le tourisme lent depuis des années sans être identifiées comme telles. 

  • La 1ère journée du Slow Tourisme dans le Gers 

C’est pourquoi la DGE a affiché des objectifs clairs lors de la journée du Slow Tourisme le 20 juin dernier à Samatan. La France peut devenir une destination de slow tourisme à part entière à l’instar de l’Italie. Mobilités douces, authenticité des terroirs, rencontres avec les habitants, saveurs gastronomiques, paysages variés, le pays rassemble de nombreux atouts à valoriser et à placer au centre de ce concept. 

Le journées du slow tourisme
  • Slow Tourisme Lab

Depuis 2017, le « Slow tourisme Lab » accompagne les start-up dans leurs projets innovants en zone rurale. Cet incubateur, imaginé par la technopole de l’Aube et le CDT, dynamise le tourisme durable dans le Grand Est et offre un nouveau positionnement aux destinations. 

Slow Tourisme Lab a participé à la création des séjours à la ferme Oh La Vache !
Slow Tourisme Lab a participé à la création des séjours à la ferme Oh La Vache !

Les modes de transport alternatifs au cœur du slow tourisme

Ciblé par le mouvement anti-avion « flygskam » et les taxes pour la préservation de l’environnement, le transport aérien ouvre la voie aux déplacements terrestres moins polluants. Le train, le vélo, le bateau et la rando montent au créneau des moyens de locomotion écolo.

  • Un train-train pas si quotidien

Le pass InterRail, apprécié des étudiants et des voyageurs à petit budget, remplit chaque été les lignes européennes. Une tendance amplifiée en 2018-2019 par le « train brag » (fierté de prendre le train) qui a impacté la croissance du secteur du rail en Suède et en Autriche. Même les voyageurs d’affaires cèdent au confort des trains de nuit autrichiens qui sillonnent le pays. L’office du tourisme d’Écosse fait, quant à lui, un focus sur ses voies historiques. Une vraie alternative aux traditionnels autotours ! En France, ce sont les trajets en tortillards à vapeur ou électriques qui redonnent des couleurs aux territoires comme le Train Jaune dans les Pyrénées Catalanes. L’occasion pour les professionnels du tourisme de mettre sur les rails des offres combinées et des « slow tours ». 

circuit : train à vapeur et bateau sur le rhin
  • Le tourisme fluvestre au fil de l’eau

Les canaux du Midi ou de Bourgogne ont depuis longtemps misé sur le tourisme fluvial. Avec une vitesse de croisière de 7 km/heure, les déplacements en bateau ou en péniche incarnent l’essence même du slow travel. Mais les voies d’eau s’explorent aussi par la terre ! On constate l’émergence d’un tourisme dit « fluvestre » qui relie patrimoine terrestre et fluvial. D’où la matérialisation de véloroutes comme ViaRhôna et la Loire à Vélo dont les sites internet recensent les prestations touristiques associées (activités, hébergements et restauration). 

le slow tourisme se pratique sur la loire à vélo
  • Les différents chemins de randonnée

Dans sa dimension initiatique et/ou religieuse, la randonnée itinérante prend des allures de « slow pèlerinage » ponctué de rencontres. Le Lot, traversé par le GR 65, profite ainsi de la fréquentation des cheminants vers Saint Jacques de Compostelle : 15 000 personnes chaque année à raison de 4,4 millions de dépenses touristiques.  A contrario, le staycation incite le visiteur à se déconnecter et à redécouvrir sa région par le biais de randonnées à la journée. Des parcours qui peuvent s’agrémenter de pauses gourmandes et d’autres découvertes du terroir.

les plus belles rando à la journée en bretagne

Le slow tourisme, une perspective supplémentaire pour les territoires

Les acteurs du tourisme institutionnel (CRT, CDT, OT) ont un rôle important d’interface à jouer dans le slow tourisme. Par leur positionnement, ils peuvent fédérer les prestataires et créer un réseau local autour de la « slow culture ».

  • La Seine-et-Marne, destination francilienne de Slow-Tourisme

La Seine-et-Marne entend bien devenir la destination de slow tourisme en Île-de-France. Une ambition clairement affichée pour attirer les parisiens désireux de faire une pause dans leur quotidien mais aussi les touristes de passage. Le département s’est lancé à l’assaut des week-end et des séjours itinérants packagés multimodaux. Le cyclotourisme se développe avec le label « Accueil Vélo », les voies vertes et l’aménagement de la Scandibérique.

  • Le slow séjour ou hébergement expérientiel

On connaît déjà les cabanes dans les arbres, les écolodges et les campings au plus près de la nature. Avec le slow tourisme, les hébergements s’accompagnent de digital détox, de stage de méditation, de cours de cuisine, etc. Plus qu’une nuit, le séjour prend une dimension expérientielle ou transformationnelle axée sur l’immersion. Un slow village a récemment ouvert à Biscarosse et un slow camp à Angers.

nature camp
Un « slow camp » sur le thème du glamping dans les environs d’Angers
  • Le slow tourisme rural, une tendance à exploiter

Le tourisme de lenteur en recherche d’authenticité et sensible à son empreinte écologique se tourne logiquement vers les zones rurales et les parcs naturels. Une carte supplémentaire à jouer pour les territoires déjà fers de lance du tourisme rural ! Les offres existantes n’ont plus qu’à être réunies sous un nouvel éclairage. La Saône-et-Loire penche pour des country break extra-sensoriels ; la Mayenne met en avant les Slowlydays. Quant au site des vallées du Lot et la Dordogne, il déploie une offre complète sur plusieurs pages : slow déplacements, slow hébergements, slow visites, slow cocooning, et slow food. Idéal pour allonger la durée des séjours !

le slowlidays
  • Le slow tourisme urbain et le label cittaslow

Comme le slow tourisme correspond à l’art de prendre son temps, de s’imprégner des lieux et de participer à la vie locale, il peut tout à fait s’appliquer au tourisme urbain. D’ailleurs des métropoles commencent à s’y intéresser pour contrer le surtourisme. L’office du tourisme de Rennes préfère donner la parole à une artiste locale pour découvrir la ville autrement.

capture d'écran du site destination rennes

C’est aussi l’opportunité de proposer des itinéraires en dehors des sites trop fréquentés, des slowbalades citadines, des moyens de transports électriques et des hébergements alternatifs (gîtes urbains).

Le label Cittaslow ou Slow Cities découle du mouvement Slow né en Italie à la fin des années 1990. En France, sept villes font partie du groupe qui valorise le bien-vivre, le développement durable et local comme Mirande ou Créon. Un moyen de revaloriser les municipalités et d’obtenir une visibilité internationale même si les adhésions restent faibles.

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