Boum du tourisme urbain entre croissance et surtourisme

Le tourisme urbain se porte bien. Très bien même ! La « lowcostisation » des transports, la forte progression des city breaks, et la mobilisation politique ont métamorphosé les métropoles mais aussi les villes moyennes.

Ces vingt dernières années ont remodelé l’espace urbain à bien des égards. Autant les habitants que les touristes de passage jouissent de l’aménagement, des infrastructures et des événements établis par les municipalités à l’image du projet « Embellir Paris ».

Le city branding a lui aussi atteint des sommets d’attractivité à New York, Amsterdam, Londres, etc. Malgré une croissance enviable, de nombreuses villes cherchent pourtant à calmer le jeu touristique. En cause, un surtourisme qui nuit au patrimoine et exaspère les populations.

Comment certaines cités sont-elles parvenues à devenir des destinations voire des marques à part entière ? Existe-t-il des moyens de maîtriser l’impact du tourisme dans les grandes villes ? Le tourisme urbain doit-il opérer une transformation raisonnée de son modèle de développement ?

Quels sont les facteurs de croissance du tourisme urbain ?

Depuis 2012, l’OMT organise chaque année un sommet mondial du tourisme urbain. C’est dire si le sujet est étudié pour participer efficacement au développement économique, environnemental et socioculturel des villes du monde entier. Un phénomène qui tend à croître au vu des tendances touristiques actuelles autour de la multiplication des courts-séjours.

Un tourisme pluriel annualisé

Le tourisme urbain s’inscrit avant tout dans la pluralité. Cette composante permet une ventilation annuelle des flux entre le tourisme d’affaires (midweek) et le tourisme d’agrément (week-end), Le tourisme de loisirs s’articule autour d’un tourisme de contenu comprenant : tourisme culturel, tourisme gastronomique, tourisme événementiel (concerts, expositions…), tourisme d’expériences (mud day), shopping, etc. Une convergence de plaisirs urbains qu’apprécient les citybreakers !

La mobilité facilitée, low cost et compagnies

Les compagnies low cost, Ryan Air en tête, ont largement contribué à l’envol du transport aérien. Elles réaffirment actuellement leur présence en région avec de nouvelles bases comme Easyjet à Nantes. Des liaisons qui permettent de créer des flux touristiques émetteurs et récepteurs avec d’autres villes françaises et européennes.

L’offre ferroviaire, notamment avec les réseaux Thalys, LGV et Eurostar constitue une option intéressante. Toutefois, en raison de tarifs élevés (hors Prem’s, Pass Interrail ou TGV Ouigo), elle reste concurrencée par le covoiturage et les autocars low cost.  Des modes de déplacements inter-cités très plébiscités par les étudiants et les voyageurs à petits budgets.

La ville comme point d’entrée ou pivot

La ville joue aussi un double jeu : celui de point d’entrée et de hub de destination. Impossible, par exemple, de dissocier Dijon du vignoble bourguignon ou Strasbourg des coteaux alsaciens ! Plus qu’une globalisation de l’espace urbain, c’est tout un territoire qui profite de l’attractivité de sa métropole. Cette dynamique réciproque favorise les déplacements en étoile depuis le centre-ville ou les excursions à la journée depuis les zones extérieures.

Capture d'un site internet présentant le city break

Quels sont les axes de développement du tourisme urbain ?

On sait que l’aménagement résidentiel est intimement lié au développement du tourisme urbain. Une équation gagnante qui attire autant de nouveaux citoyens que de visiteurs.

La valorisation des villes et des métropoles

L’attractivité d’une ville passe par la revalorisation du centre urbain et du patrimoine.  Et, on peut dire que le chantier est large : amélioration de la qualité de vie, valorisation du « vivre ensemble », renouvellement de l’offre (reconversion des sites industriels), création de rendez-vous annuels… Tout ce qui permet à la réputation d’une ville de s’installer durablement et de croître via le partage sur les réseaux sociaux.

valorisation des villes et des métropoles

Ainsi, Montpellier, Lille et Nantes ont réussi le pari de la transformation ! D’autres villes moyennes à la politique volontariste se hissent au même rang comme Colmar ou Avignon. L’idée est de s’imposer comme une vraie alternative aux métropoles par le charme, le cadre agréable, le slow tourisme…

Like a local

Lors d’un court-séjour en ville, chacun cherche à trouver une offre de services variée, une vie nocturne, des événements caractéristiques, une architecture singulière, un ancrage régional mais aussi une atmosphère particulière. C’est là tout l’enjeu d’un attachement qui engage les touristes endogènes et exogènes.

Pour créer un lien fort, le touriste urbain souhaite se mêler à la vie urbaine. Il montre son intérêt pour les adresses appréciées des habitants, les marchés et les échanges. D’où le succès des plateformes de mise en relation avec des locaux (Mytriplan, Hosthelp) et les visites avec des greeters.

Le City Branding

Bien sûr, il n’y a rien de tel que le City Branding ou marketing urbain comme accélérateur de croissance. C’est le cas de Lyon avec sa marque Only Lyon ! Elle vise à asseoir un positionnement stratégique. Le but : rayonner et renforcer l’identité de la ville sur la scène internationale.

capture d'écran - le city branding

Un message qui peut facilement être porté et amplifié par les habitants dans le cadre d’une forme de tourisme participatif à moindre coût.

En parallèle, l’office du tourisme de Lyon s’est lui aussi dynamisé. Il a pu développer son offre avec une City Card (transports et visites) et un site dédié aux visites guidées www.visiterlyon.com.

Malaga, une destination créée de toute pièce

Face à ses rivales Madrid et Barcelone, Malaga a su tirer son épingle du jeu. L’andalouse a fait du tourisme urbain sa priorité en créant son identité autour d’une offre culturelle et historique. Délaissée jadis au profit de la Costa del Sol, Malaga est aujourd’hui liée à ses musées aussi récents que prestigieux (Picasso, Centre Pompidou, Carmen Thyssen…). La ville a placé la rénovation du quartier de Soho sous le signe du street art pour rajeunir davantage son image. Cette stratégie de développement, débutée en 2000, a englobé la piétonnisation du centre-ville, le réaménagement de la marina en promenade, le nivellement des trottoirs, l’implantation de nouveaux hôtels… Un plan qui a transformé Malaga en l’une des destinations les plus dynamiques du moment.

Comment la surfréquentation menace le tourisme urbain ?

Surtourisme, tourismophobie, overtourism ! Ces nouveaux termes en disent long sur l’asphyxie des villes congestionnées par le tourisme de masse.

Tous les offices du tourisme rêvent logiquement de voir doubler leur nombre de visiteurs. Pourtant, Amsterdam a suspendu sa campagne de promotion. Avec 18 millions de visiteurs chaque année pour 820 000 habitants, la ville étouffe. Comme elle, Venise dont le tourisme est la principale activité sature.

Des habitants excédés

Les habitants ne décolèrent pas à Kyoto, Lisbonne, Budapest et depuis peu à Saint-Malo. L’absence de gestion des flux et de régulation des locations Airbnb rendent leur quotidien difficile. La vie de quartier s’estompe laissant place à une forme de muséification. Les citoyens subissent de plein fouet la hausse des loyers, les incivilités, les nuisances, les difficultés de circulation. Au point de manifester une tourismophobie aiguë envers les visiteurs ! Cette hostilité grandissante a provoqué des attaques (Barcelone) et un exil massif de la population en périphérie. Paris intra-muros, par exemple, perd des habitants chaque année au profit des communes de la 1ère couronne ! 

Une menace sur les ressources et le patrimoine

Générant une grande quantité de CO2, l’afflux de visiteurs met en danger de nombreux sites historiques. Sans compter l’impact écologique lié à la consommation énergétique, au traitement des déchets et à l’entretien des hébergements ! La palmeraie de Marrakech fait les frais d’une pénurie d’eau due à la construction d’infrastructures tout autour. D’autres ressources immatérielles et inestimables, elles aussi, plaident pour leur survie. C’est le cas des stands de « street food » à Bangkok, Et que dire des boutiques de souvenirs « made in China » qui prolifèrent autour des monuments, menaçant de disparition l’artisanat local ?

Comment maîtriser les impacts du tourisme urbain ?

Les impacts du tourisme urbain doivent faire partie intégrante de la réflexion initiale sur le développement touristique. Sans cela, les municipalités prennent des mesures répressives d’urgence. Alors que la fracture entre habitants et visiteurs est déjà passée par là, accentuée par les inégalités sociales et la gentrification des centres-villes.

campagne publicitaire sur l'impact du tourisme urbain

Amsterdam lance une campagne  « Enjoy & Respect » pour sensibiliser les touristes sur les nuisances et les peines encourues

La régulation du tourisme urbain

L’OMT vient de livrer un rapport « Overtourism? Understanding and managing urban tourism growth beyond perceptions ». 11 stratégies et 68 mesures y sont détaillées pour comprendre et organiser la fréquentation des villes.

Taxes et quotas touristiques

À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ! Dubrovnik et l’Alhambra à Grenada ont choisi de limiter le nombre de visiteurs journaliers. Barcelone a annoncé début 2019 un plan de décroissance touristique. Du jamais vu ! Venise souhaite compenser le coût du nettoyage de la ville par un droit d’entrée. Amsterdam a interdit les bateaux touristiques en centre-ville et compte réduire la durée des locations Airbnb.  

Des flux touristiques mieux répartis

Il semble difficile de répartir les primo-voyageurs qui souhaitent visiter les mêmes sites instagrammables. Comment imaginer une escapade à Paris sans passer par la Tour Eiffel, le Louvre, Montmartre ? Gardons à l’esprit que 95% des voyageurs visitent 5% de la planète.

Les avis divergent quant à une meilleure optimisation des flux touristiques. Certains prônent un étalement des horaires de visites, un ajustement des tarifs ou une indication de l’affluence en temps réel.

Le musée d'Orsay indique en direct le temps d'attente.
Le musée d’Orsay indique en direct le temps d’attente.

Diversifier les pôles attractifs urbains

Le tourisme de masse en lui-même ferait déjà fuir les futurs visiteurs ! 64% des personnes ont déjà renoncé à une destination qu’ils estimaient trop touristique selon un sondage Toluna pour Comptoir des voyages (avril 2019).

C’est là que les professionnels du tourisme institutionnel peuvent faire la différence. Proposer des circuits alternatifs, engager les habitants (anthropotourisme), renforcer l’attractivité de la périphérie, informer sur l’affluence en temps réel, centraliser une billetterie coupe-file en ligne, inventer un système de covoiturage touristique, étaler les événements sur l’année… L’occasion de mener les voyageurs sur la voie du tourisme alternatif et durable, même en ville !

L'Allemagne booste le tourisme estival, vantant les activités en plein air et l'esprit festif des pôles urbains à retrouver sur les réseaux sociaux #germansummerstories.
L’Allemagne booste le tourisme estival, vantant les activités en plein air et l’esprit festif des pôles urbains à retrouver sur les réseaux sociaux #germansummerstories.

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