Le Tourisme de demain sera-t-il durable ?

Les touristes sont toujours plus nombreux et plus mobiles. Si l’activité touristique permet de faire vivre quantité de régions dans le monde, le tourisme de masse est devenu un fléau pour l’environnement. L’idée serait donc de s’orienter vers un tourisme plus responsable, mais encore faut-il d’une part imaginer la manière dont cela pourra se réaliser et, d’autre part, trouver le bon compromis entre réponse aux attentes des voyageurs et respect de l’environnement.

A l’occasion de la semaine européenne du développement durable et de la journée mondiale du tourisme responsable, nous nous posons une question fondamentale.

Le tourisme de demain peut-il être durable ? Rien n’est moins sûr.

522001766 (1)

Tourisme durable, responsable, de masse, kezaco ?

Il existe aujourd’hui plusieurs formes de tourisme. Enfin, si l’on veut être honnête, cela existait déjà avant mais aucun nom n’était attribué à ces différentes manières de voyager. Lorsque l’on évoque le tourisme durable ou le tourisme responsable, ces deux notions sont finalement assez proches. Globalement, l’idée est de voyager en respectant l’environnement, les populations hôtes, bref, de miser sur un tourisme qui n’aurait pas d’influence sociale néfaste sur la destination. Il existe également d’autres formes de tourisme à l’image du tourisme équitable qui a pour vocation de voyager tout en privilégiant une rémunération plus juste des populations locales. L’écotourisme, quant à lui, représente une manière de voyager qui se déroule uniquement en milieu naturel. En parallèle de ces concepts, on retrouve le tourisme de masse. Manne financière majeure, le tourisme de masse s’est développé avec l’augmentation du nombre de jours de congés payés, la baisse des prix des transports et des résidences de vacances. Il porte parfaitement son nom puisqu’il représente un déplacement massif  et simultané de personnes vers certains lieux de vacances.

Tourisme de masse : un effet néfaste sur l’environnement ?

Le tourisme de masse semble n’avoir qu’une vertu : développer l’économie des régions cibles. Des militants écologistes mettent en avant les dangers de cette pratique en évoquant plusieurs points.

D’une part, le tourisme de masse a un impact négatif sur les animaux. Selon un rapport de l’ONG World Animal Protection, les animaux seraient en danger notamment à cause des selfies. En effet, cette volonté de se photographier avec des animaux engendre parfois des comportements déviants soumettant l’animal à cette mise en scène. Or cela perturbe quotidiennement leur mode de fonctionnement et impacte leur santé.

809434270

D’autre part, le tourisme de masse est particulièrement polluant. Un avion rejette 360 g de CO2 pour un kilomètre contre 11 g pour le train. Or, c’est bel et bien l’avion qui devient un mode de transport privilégié en raison de la baisse des coûts. Lorsque l’on trouve un aller-retour pour Londres à 50 euros, difficile de résister à la tentation. Mais le record revient aux croisières. Selon la Fédération nature environnement, la pollution générée par un paquebot équivaut à celle d’un million de voitures lors d’une escale.

Autre travers du tourisme de masse : il modifie en profondeur le modes de vie des populations hôtes. Un reportage au journal de France 2 avait montré, en plein été, l’état de Dubrovnik, ville hautement touristique. Les visiteurs ne mettaient pas un pied devant l’autre. Venise, Paris, Rome, Amsterdam, Barcelone… la liste des destinations concernées est longue. Le tourisme de masse soulève une question toute simple : si les touristes ont le temps, qu’en est-il des locaux qui travaillent ?

966204210

Enfin, force est de constater que le tourisme de masse détruit l’environnement. Avez-vous déjà vu la montagne au printemps ? Lorsque la neige fond, on découvre peu à peu les traces laissées par les skieurs. Mégots de cigarettes, sacs, gobelets, canettes, serviettes, tout y passe. Mais ce n’est pas tout. Le flux des visiteurs implique la multiplication des complexes hôteliers et de ports d’accueil. En Indonésie par exemple, là encore un pays extrêmement touristique, on envisage d’empiéter sur la mer pour ces constructions. Mais qu’en sera-t-il du récif corallien et de la faune sous-marine si l’on étend l’espace terrestre à loisir ?

965645214

Le tourisme de demain peut-il être durable ?

Après avoir lu ce qui précède, on se dit naturellement que développer un tourisme durable ne serait pas du luxe si l’on souhaite préserver un tant soit peu notre planète, pour nous et pour les générations futures. Réduire son empreinte carbone, mieux respecter les populations hôtes et les animaux, développer le commerce et l’artisanat local, modifier son alimentation, chaque détail compte lorsque l’on souhaite faire évoluer son comportement. Aujourd’hui, en France, le tourisme durable représente 1 % du marché du tourisme, il n’y a de prime abord pas de quoi pavoiser. Toutefois, on peut se réjouir de constater que ce tourisme progresse de 20 % par an. Et les mentalités semblent évoluer puisque 90 % des Français déclarent être attentifs au respect de l’environnement et à la vie des populations locales lorsqu’ils voyagent selon un sondage Harris Interactive.

Des initiatives se développent d’ores et déjà afin d’avancer vers un tourisme plus durable. Cela se traduit notamment par la mise en place de partenariats. Prenons un exemple pour mieux comprendre. Les Maisons du Voyage, une agence de voyage parisienne, s’est associée à la fondation GoodPlanet de Yann-Arthus Bertrand en signant un partenariat misant sur l’efficacité énergétique et le reboisement en Amazonie, etc. Cette démarche vise non seulement à assurer la reforestation dans cette région mais aussi à former les populations locales à une agriculture plus respectueuse de l’environnement et à sensibiliser les enfants à la protection des forêts.

A Londres, prenez le bus ! Celui-ci fonctionne au marc de café. Bon certes, cela ne représente que 20 % du carburant consommé par un bus mais c’est toujours cela de gagné. Si chaque bus londonien fonctionnait ainsi, imaginez un instant l’impact au bout d’une année sur l’environnement et les émissions de CO2.

649009006

Concrètement, il existe bien des solutions pour développer un tourisme durable, mais, fatalement, avouons-le, il est bien difficile d’avoir un comportement complètement responsable, à moins de faire voler des avions à la betterave. Et encore, la multiplication nécessaire des champs de betteraves aurait peut-être le même impact sur les animaux que le développement des palmeraies pour produire de l’huile de palme. A l’occasion de la semaine européenne du développement durable et de la journée mondiale du tourisme responsable, Julien Buot, directeur de l’association Agir pour un Tourisme Responsable, s’est exprimé sur sa vision du tourisme de demain. Selon lui, il faudra voyager moins souvent, moins loin ou plus longtemps. Mais cela ne suffit pas comme nous l’évoquions précédemment. Le problème ne réside pas uniquement dans notre empreinte carbone mais aussi dans notre comportement sur place face aux territoires, face aux populations. Et puis, soyons réaliste, le tourisme durable ou responsable est lié au comportement de chacun. Si, pour certains voyageurs, l’environnement n’est pas une préoccupation, impossible de se mettre derrière chacun d’eux pour leur taper sur les doigts.

Comment répondre aux besoins des touristes en développant un tourisme durable ?

C’est certainement la grande question. Car les voyageurs, en schématisant quelque peu, attendent de découvrir un lieu d’exception avec un budget limité. Si l’on doit limiter les dépenses, le « voyager moins souvent mais plus longtemps » tombe à l’eau. En effet, s’offrir une semaine d’hôtel à Acapulco ou deux semaines, en termes de budget, ça change tout. Toutefois, la bonne nouvelle se trouve peut-être dans un sondage Easyvoyage selon lequel les Français sont prêts à changer leur comportement. 67 % des personnes interrogées seraient prêtes à tester un voyage responsable. Respecter l’environnement et l’humain semble s’imposer pour elles. Et cela semble en partie possible. En effet, le développement de l’énergie solaire pourrait permettre dans des lieux touristiques tels que la Thaïlande ou l’Indonésie de développer des complexes hôteliers peu gourmands en électricité par exemple. Le développement du concept de locavore a également un bel avenir devant lui. Voyager loin et manger des plats locaux tombe sous le sens pour une immersion totale dans la vie de la population hôte. Cela permet de limiter les émissions de Co2 et de compenser un peu le voyage en avion.

Aujourd’hui, le tourisme durable est un marché de niche qui séduit des consommateurs déjà avertis qui ont adopté un comportement plus respectueux au quotidien. L’idée est de pouvoir développer cette manière de voyager tout en étant lucide. Comme dans nombre de domaines, il est largement possible d’évoluer mais il sera complexe de modifier totalement les mentalités. Toutefois, développer ce tourisme permet d’en parler et, a minima, d’espérer une prise de conscience d’une partie de la population.

Laisser un commentaire